J'ai lu et apprécié de Delphine de Vigan, en 2016 : "Les heures souterraines" et en 2018 : "Les loyautés". Je voulais lire son dernier roman : "Les enfants sont rois", mais il n'était pas disponible à la médiathèque, alors j'ai emprunté son avant-dernier : "Les gratitudes".
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Informations pratiques : Paru en 2019 aux éditions "JC Lattès". 173 pages. 17 €.
La 4ème de couverture :
"Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois da s votre vie vous aviez réellement dit merci ? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.
A qui ?
On croit toujours qu'on a le temps de dire les choses, et puis soudain c'est trop tard."
Après "Les Loyautés", Delphine de Vigan poursuit dans "Les gratitudes" son exploration des lois intimes qui nous gouvernent.
Mon ressenti :
Ce roman se déroule de nos jours, dans un EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Il n'y a que trois personnages : Michka Seld, une vieille dame qui perd peu à peu l'usage de la parole et s'angoisse, Marie, une jeune femme qu'elle a élevée et Jérôme, l'orthophoniste chargé de la suivre.
Michka ne trouve ses mots que dans ses rêves. Le reste du temps ils s'embrouillent. Elle veut dire "Merdi" à un couple qui l'a sauvée pendant la guerre, à Marie qui vient la voir, à Jérôme qui l'aide de son mieux.
Michka redevient une petite fille qui a peur d'être grondée, d'être virée de l'EHPAD, qui voudrait ouvrir une fenêtre, respirer.
Les 3 personnages sont attachants, seuls et à l'écoute, terriblement humains.
Marie, enceinte, s'apprête à élever seule son enfant, et doute de sa capacité à le faire.
Jérôme exerce son métier du mieux qu'il peut, mais sans grand espoir de faire progresser les personnes âgées dont il s'occupe.
Michka est consciente qu'elle perd les mots, les mélange, se sent couler, voudrait toujours pouvoir offrir un petit quelque chose à ses rares visiteurs. Elle a une dette dont elle voudrait pouvoir s'acquitter
L'écriture est fluide.
L'auteur aborde avec justesse, réalisme et délicatesse, de nombreux thèmes : la vieillesse, la vie en EHPAD, la générosité, le deuil, la transmission.
Ce livre est bouleversant mais n'est pas noir car les personnages sont lumineux.
Je l'ai lu d'une traite, en un après-midi et il m'a bouleversée. Heureusement pour moi il est aussi court que percutant, car j'ai pleuré du début jusqu'à la fin, aux côtés de Michka, cette vieille dame digne, consciente de ce qu'elle perd, désireuse de remercier, d'aider, de transmettre, de réconcilier les uns et les autres. Le thème de la gratitude m'émeut particulièrement.
Quelques extraits :
- Compter, devoir, est-ce ainsi que se mesure la gratitude ? Mais l'ai-je assez remerciée ? Ai-je suffisamment montré ma reconnaissance ? Ai-je été assez proche, assez présente, assez constante ?
- Quelques minutes plus tard, une femme entre dans la chambre pour lui proposer une collation. Un petit jus de pomme avec une petite paille et un petit gâteau emballé dans un petit sachet. Les mêmes qu'au centre de loisirs....
- Je ne sais pas si je suis capable. D'avoir un enfant. Est-ce que je vais savoir comment il faut faire ? J'ai peur de ne pas l'aimer, j'ai peur de trop l'aimer, j'ai peur de lui faire du mal, j'ai peur qu'il ne m'aime pas.
- C'est ça qui change tout, tu sais, Marie. C'est d'avoir peur pour quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autre que soi. C'est une grande chance que tu as.
- Les vieux sont comme les enfants, on ne peut rien leur cacher.