• Peindre d'abord une cage
    avec une porte ouverte
    peindre ensuite
    quelque chose de joli
    quelque chose de simple
    quelque chose de beau
    quelque chose d'utile
    pour l'oiseau
    placer ensuite la toile contre un arbre
    dans un jardin
    dans un bois
    ou dans une forêt,
    se cacher derrière l'arbre
    sans rien dire
    sans bouger...
    parfois l'oiseau arrive vite
    mais il peut aussi bien mettre de longues années
    avant de se décider.
    Ne pas se décourager
    attendre
    attendre s'il le faut pendant des années
    la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
    n'ayant aucun rapport
    avec la réussite du tableau.
    Quand l'oiseau arrive
    s'il arrive
    observer le plus profond silence
    attendre que l'oiseau entre dans la cage
    et quand il est entré
    fermer doucement la porte avec le pinceau
    puis
    effacer un à un tous les barreaux
    en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau.
    Faire ensuite le portrait de l'arbre
    en choisissant la plus belle de ses branches
    pour l'oiseau
    peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
    la poussière du soleil
    et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
    et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter.
    Si l'oiseau ne chante pas
    c'est mauvais signe
    signe que le tableau est mauvais
    mais s'il chante c'est bon signe
    signe que vous pouvez signer.
    Alors vous arrachez tout doucement
    une des plumes de l'oiseau
    et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

    Jacques PREVERT (extrait de "Paroles")
    Ce poème de Jacques Prévert est un de mes poèmes préférés, qui depuis toute petite m'a toujours fait rêver. Avec Delphine et Marinette des "Contes du Chat perché" de Marcel Aymé, c'est ce poème qui m'a donné envie d'apprendre à peindre.

     


    Héron crabier vert, photographié aux Seychelles

    19 commentaires
  • J'aimerais être "puiseur de merveilles", révéleur de talents cachés, celui ou celle qui sait trouver ce qu'il y a de mieux en chacun et l'aider à éclore.
    Pour un ce sera : écrire un poème, pour l'autre : faire rire ses amis, pour le 3ème : tailler un rosier ou jouer un morceau de musique, allumer un barbecue ou toiletter un chien, sculpter, dessiner, tricoter, réciter, sauter, danser, jouer au basket, distraire les enfants malades, assister des personnes âgées, commenter des événements sportifs, cuisiner, transmettre ses souvenirs ou des savoirs, écouter...

    Au temps de la photo noir et blanc, il y a 40 ans, développer et tirer ses photos soi-même, dans une pièce noire, avec une lampe infrarouge, était un moment magique. C'est mon père qui nous a initiés, mon frère et moi, quand nous avions 8-9 ans, dans un cagibi sous l'escalier. Le négatif était glissé dans un agrandisseur sur lequel on exposait le papier pendant quelques secondes, puis le papier était plongé dans un bain de révélateur (avant de l'être dans un bain de fixateur). Peu à peu la photo apparaissait sur le papier et ces moments étaient vraiment merveilleux. J'aimerais être ce révélateur...
    Le métier de "puiseur de merveilles" ne s'apprend ni à l'école, ni à l'université. Seules l'expérience et l'ouverture d'esprit que l'on peut acquérir en lisant et échangeant avec les autres, en écoutant (au lieu de simplement entendre), en prenant le temps de tendre la main et de remercier ceux qui vous ont aidés, devraient permettre d'acquérir les savoirs-faire et savoirs-être de ce métier.
    Même si c'est le métier que j'aimerais exercer (bien différent de mon métier réel), je suis bien loin du compte et n'ai pas réalisé beaucoup d'exploits dans ce domaine, même avec mes enfants ou ma famille. J'ai juste réussi au début de ma carrière professionnelle à faire reconnaître par nos pairs deux jeunes hommes qui passaient jusque-là pour des petites mains (reconnaître mais ils ne sont pas devenus non plus directeurs ou présidents), et puis il y cinq ans réussi à remotiver un ami de mon fils qui passait le bac et pensait avoir raté l'épreuve principale pour aller jusqu'au bout (il a eu le bac sans repêchage, et par la suite continué ses études et obtenu un BTS)... C'est bien peu...
    C'est sans doute aussi égoïste car si un maximum de gens se sentaient bien dans leur tête, bien à leur place, par ricochet je m'y sentirais mieux aussi...
    P.S. : s'il y a parmi vous un(e) "puiseur de merveilles" en puissance : qu'il vienne me repêcher dans le bain de révélateur...

    18 commentaires
  • Prospectus reçu dans ma boite aux lettres cette semaine : "Terrasse ou comment faire entrer un soir d'été dans la maison", sur fond vert prairie avec une brochette d'accessoires de jardin et un croissant de lune...

    J'enlève le graphisme qui ne me semble pas à la hauteur du texte : trop rigide, rouge du barbecue trop agressif, boule du buis sans fantaisie, fauteuil trop neuf (pas assez confortable) et le mot "terrasse" qui me semble lourd et trop terre à terre et je m'envole sur le croissant de lune avec "Comment faire entrer un soir d'été dans la maison"...
    Tout d'un coup je me sens légère, presque evanescente, allongée sur mon vieux canapé avec un bon livre dans les mains, de la chaleur tempérée par une brise légère, dans la maison à ciel ouvert avec la lune qui me sert de lampadaire...
    Est ce que des mots, de simples mots, peuvent, vous aussi, vous caresser l'âme ?

    Une autre pub qui m'a fait rêver, celle du Thé de Bangalore :

    Vous avez peut-être trouvé dans votre boite aux lettres une pub-livret de Lipton avec des bons de réduction et des sachets de thé. Moi, oui. Le livret s'appelle "Laissez le plaisir vous envahir...". Alléchant, non ? Les sachets Pyramid (pour Lipton :"forme pyramidale qui laisse de l'espace pour infuser...vos papilles sont alors réveillées et votre esprit libéré..." ; pour moi : forme déjà connue, nouvelle matière plus proche du plastique que du papier) ont des noms magiques : Bazar d'Orient, Temple d'Asie, Ivresse, Tentation, Délicatesse et le summum : Palais de Bangalore...

     

    Quel nom magnifique pour un thé! Porteur de découvertes, de voyage lointain, de richesse, de princesse voilée, de senteurs d'épices. Lipton dit : "Un petit goût de Bollywood avec cette fine sélection de thés auxquels viennent se mêler des écorces d'orange". Il y a un éléphant peint en couleurs psychédéliques de la trompe jusqu'aux oreilles avec un cornac sur le dos. Bollywood ça m'a fait penser à Slumdog millionnaire, film que j'ai adoré à sa sortie en catimini, mais qui maintenant qu'il a reçu 10 oscars va entraîner une mode Bollywood-indienne.

     

    Bien sûr, j'ai goûté ce thé au nom enchanteur un matin. Le nom est enchanteur, le goût est bon sans plus mais le parfum -ce que je préfère dans le thé- est inexistant. Peut-être est-ce dû à son séjour avec des tas d'imprimés publicitaires dans ma boite aux lettres et avant dans un quelconque entrepôt...

     

    Tant pis pour le thé, je pars illico à Bangalore...

     


    5 commentaires
  • Quel beau programme !

    En mai : week-ends prolongés : quelle aubaine ! Après un début d'année difficile, enfin des occasions de souffler, d'arrêter le réveil, de respirer.
    En mai : la nature se fait belle : en premier le muguet et ses clochettes porte-bonheur, mais aussi les azalées, les roses, les géraniums... Premières sorties à la plage et premiers bains si le temps est clément...
    En mai, il y a 22 ans, j'ai accouché par césarienne d'un bébé chevelu, très vite souriant et intrépide, qui ne fait que ce qu'il lui plait...
    En mai, je vais partir en vacances en Corse, voir mon fils aîné, découvrir cette région magnifique. Je ne connais que Bonifaccio pour y avoir passé une journée (au départ de la Sardaigne).
    En mai, qui sait ce qu'il va se passer ? Peut-être rencontrerais-je l'âme soeur tellement cherchée ?


    5 commentaires
  • J'ai entendu ça à la radio ce matin.

    Ouah ! Quel programme !

    J'imagine déjà les rues et les transports publics plein de gens souriants, prévenants, les rocades désertées, les gens qui se promènent à pied ou en vélo, ou même en bateau à voiles, se disant "Bonjour", "Merci", "Après vous", "Si ça ne vous dérange pas...", dans les magasins, les villes, les cités...

    J'imagine les têtes tournées vers le ciel, la mer, la montagne, une grande zénitude qui se répand comme une traînée de poudre (poudre : mot à bannir), une traînée d'étoiles filantes. Chacun prend soin de son voisin, de ses parents, d'inconnus qui passent, l'écoute au lieu de simplement l'entendre, se met à sa place pour essayer de le comprendre...

    Les amoureux s'enlacent tendrement, les enfants prennent leurs parents par la main. Sweet land..

    Tout le monde profite de la vie sans se presser, sans s'énerver, calme et serein...

     

    21 avril : la douceur s'installe en France avec des températures printanières... Ce n'était que le bulletin météo, tant pis, ça m'a permis de rêver...


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique